[abyme ]
abyme = valérie colette folliot +
philippe colette
abyme = association loi 1901 fondée en 1987
abyme = production et diffusion d'oeuvres d'art
abyme = promotion d’une réflexion sur le geste et les arts
chorégraphiques.
[ valérie colette
folliot ]
Présidente de l’association Abyme (loi 1901) fondée à Caen en 1987
pour la promotion d’une réflexion sur le geste et les arts du
mouvement dansé ; ce collectif se compose de personnalités invitées
par cycle ; Abyme propose régulièrement des manifestations
culturelles où se retrouvent créateurs (danseurs, performeurs,
musiciens, compositeurs, plasticiens, vidéastes) et penseurs
(historiens, journalistes, critiques, esthéticiens, sémiologues) ;
des réalisations sur l’imagerie du corps dansant (images
audiovisuelles, photographiques, picturales et sculpturales, pièces
chorégraphiques et vidéo-performances) sont présentées au public
dans des lieux aussi multiples que les théâtres, les domiciles
privés, les musées, les halls d’exposition, les chapelles
désacralisées, les usines désaffectées ou bien en plein air, en site
urbain ou bien rural, en ville ou à la campagne dans les champs en
été comme en hiver, dans l’eau, à la mer ou à la piscine ; ces
réalisations prennent forme dans les domaines complémentaires du
livre-objet (édition du Sang/Lier, sémiologie de la danse), des
expositions et du spectacle.
Depuis plusieurs années, notamment à l’Université de Caen, Valérie
Folliot étaye les travaux de Pierre Legendre afin d’établir que le
thème du "Corps glorieux" cristallise les enjeux de la civilisation
occidentale et qu’à cet égard, la danse d’élévation, classique ou
moderne, en constitue l’épigone révélateur.
Enseigne l’Histoire de la Danse au CEFEDEM de Haute et
Basse-Normandie et au CNR de Rouen.
Conseille artistiquement plusieurs compagnie de danse et les
sensibilise aux instruments sémiologiques pour renouveller leur
approche de l'art chorégraphique.
Intervient comme conférencière et commissaire d'exposition dans des
manifestations liées aux arts chorégraphiques.
[ philippe colette ]
Né en 1964, Philippe Colette vit et travaille en Normandie ; il a
d’abord suivi un cursus universitaire qui l’a conduit à l’obtention
consécutive d’une Maîtrise en Psychopathologie puis d’une Maîtrise
en Psychosociologie ; par la suite, il s’est orienté vers un
Doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication. Ces
études lui ont permis d’étayer certaines hypothèses liées aux
processus de réception des œuvres d’art et surtout liées aux
mécanismes d’interprétation du discours journalistique chez les
téléspectateurs. Très tôt, Philippe Colette s’est intéressé à
l’image ; grâce à la photographie, il s’est évertué à déceler pour
la magnifier la "beauté cachée" des figures modèles, curieux du
mystère des silhouettes qu’il avait choisies parmi les anonymes.
Adolescent, le film Super huit l’a sensibilisé à l’image cinétique
et au mouvement qu’il lui fallait retenir avec adresse. Le problème
du choix l’a donc plongé au cœur du sempiternel dilemme des
photographes : que montrer et comment ? Aussi a-t-il résolu cette
crise en filmant au gré d’une sensibilité vive qui lui permettait
d’anticiper les variations des égéries. Être à l’écoute. Vibrer en
harmonie avec la mouvance. La nécessité d’être économe devait
cultiver son acuité, son sens du discernement, d’où l’impression de
clairvoyance qui émane de ses réalisations ; d’où cette émouvante
intuition du non-dit ; d’où son immense passion pour l’implicite ;
d’où cette attirance pour tout ce qui n’est pas lui et qui lui fait
face ; d’où cette propension à retranscrire les événements tels
qu’il les a intimement vécus. Pour Philippe Colette, l’affectivité
l’emporte. Il échappe au triste constat du réel parce qu’il le
sublime en y greffant son inaltérable vision de la beauté. Souvent,
le défilement des séquences fait transparaître l’une des formes
multiples de la grâce. Il force autrui à se recueillir, qu’il soit
actant ou regardant. C’est avant tout sa réalité charnelle qui
l’engage à dépeindre ce qu’il voit, ce que son corps enregistre ;
ses films disent combien l’existence est foisonnante, combien
subjective et sensorielle est la vérité ambiante. Son tact n’entrave
cependant pas cette brutalité qui le rend mordant. Jeune homme, il a
découvert la vidéo ; ce fut pour lui le plus parfait des médias ;
lui qui n’aspirait qu’à la cristallisation du présent et à sa
donation… La vidéo-danse concourait donc à la passation d’un savoir
éminemment physique sur le temps. Son goût pour l’échange des points
de vue trouvait un véhicule. Avec les artistes et les spectateurs
conviés au débat, il s’est adonné à la mesure des choses. Le film
magnétique et la vidéoperfomance de surcroît lui permettaient de
découvrir des moyens d’envisager autrement les processus de perte et
de disparition, de tester l’éphémère, de se gorger de la surenchère
et du superflu parfois, d’évaluer l’instantanéité, d’être en prise
avec le regard, de lire l’instant qui avait suivi la captation et
relire ainsi, dans l’immédiateté et indéfiniment, la course de la
vie. Plaisir magistral à l’aune de ses œuvres et qu’il ne cesse de
vouloir partager encore à cette heure où l’Internet est devenu
l’ultime espace du différé. En quelques lieux, en quelques
circonstances, il opère sur l’icône. L’image de la personne en acte
semble être à ses yeux un organisme perméable à toute métamorphose.
Ses vidéos-danse relèvent chacune du langage pictural et musical.
Elles ne sont jamais d’ordre cinématographique mais plutôt poétique.
Sous son libre arbitrage, le support vidéo se prête aux traitements
architectoniques les plus incongrus. L’unique finalité étant chez
Philippe Colette d’interpeller l’Inconscient. En créant, il vérifie
que les individus demeurent prompts à recevoir l’imprévisible ; il
observe comment les autres se tiennent devant les reflets qu’il leur
présente : quelle fascination narcissique captive celui-ci, quelle
répulsion choque celui-là ? Chez Philippe Colette, le film de danse
s’appréhende in situ dans son lien à la performance mise en scène.
Il conçoit ses réalisations en vertu d’une action qui sera dansée en
direct devant une assemblée, réunie soit au théâtre, soit dans des
galeries ou autres espaces atypiques. Les compositions
audiovisuelles de Philippe Colette relèvent des frictions qui se
produisent entre l’image tridimensionnelle de l’actant livré en
chair et en os, et ses images bidimensionnelles projetées sur des
surfaces aux dimensions variables qui réfléchissent d’autres mondes,
en grandeur nature, en visions gigantesques, en miniatures, sous
divers angles et optiques, de plain-pied ou morcelés, nets ou bien
flous... Ainsi Philippe Colette fractionne-t-il la réalité du sujet
dansant ; il en appelle à la conscience des témoins, à la fois
"téléspectateurs" et publics. Il façonne une humanitude
fantasmagorique et entre dans la peau des autres. C’est toujours en
analyste qu’il conduit sa caméra. C’est en poète surtout qu’il
élabore ses films, mais en peintre aussi. D’aucuns verront une
indiscrétion dans les introspections : révèle-t-il l’insondable,
raconte-t-il son propre tréfonds en posant son regard sur la danse ?
À la manière de Francis Bacon, Philippe Colette dévoile l’univers
des turpitudes traversées de souffrances et de jouissances. Il
devine ce que recèlent nos vanités ; il extrait de la vie
l’essentiel : notre quintessence lovée. Avec Philippe Colette,
l’union du direct et du différé ouvre de nouveaux possibles à notre
configuration fondatrice.
Valérie Folliot
L'oeil de l'amour
conférence prononcée au
colloque "La Danse, une culture en mouvement"
Université de Strasbourg, 1999