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L'histoire de l'Opéra de Paris débute le 28 juin 1669, date à laquelle Louis XIV
accorde à Pierre Perrin le privilège d’établir à Paris une Académie, « pour y
représenter et chanter en public des Opéras et des représentations en musique et
en vers françois ».
Perrin donc en association avec le marquis de Sourdeac et sieur de Champeron
louèrent moyennant 2400 livres de loyer le jeu de Paume de la Bouteille
(actuellement le numéro 42 rue Mazarine et le numéro 43 rue de la Seine).
L’ouverture de la salle se fit en mars 1671. Par la suite, Perrin laissera la
place à Lully. Mais un ordre du Roi, le 30 mars 1671, ordonna l’arrêt des
représentations. La salle fut donc louée de 1673 à 1688 aux comédiens français
puis redevint jeu de paume.
Lully par la suite fait construire une salle de spectacle dans un autre jeu de
paume rue de Vaugirard, du côté du palais du Luxembourg entre ce palais et la
rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel. Cette salle était à titre provisoire. Son
inauguration a eu lieu le 15 novembre 1672.
Après la mort de Molière le 16 février 1673, le Roi donna à Lully la salle du
Palais-Royal où était installé la troupe de Molière. Cette salle fut construite
en 1637 par Lemercier (actuellement rue de Vallois). Son ouverture a eu lieu le
15 juin 1673. C’est dans cette salle que furent donnés les premiers bals de l’Opéra.
Malheureusement la salle fut détruite par un incendie le 6 avril 1763.
A la suite de Lully la direction de l’Académie Royale de Musique fut assurée par
le gendre de Lully tantôt seul tantôt avec des associés : Guyenet (1704),
Francine (le gendre de Lully) et Dumont (1712), Besnier, Chomat et Laval de
Saint-Pont, syndics des créanciers de l’Opéra (1713), Destouches (1728), Gruer
(1730), Lecomte et Leboeuf (1731), Thuret (1733), Berger (1744), Rebel,
Francoeur, de Tréfontaine (1747), Rebel et Francoeur sous l’autorité du prévôt
des marchants (1749), Royer (1754) et Levasseur (1755), dans les mêmes
conditions ; Rebel et Francoeur (1757).
Pendant la construction d’une nouvelle salle, l’Opéra fut logé provisoirement
aux Tuileries. Cette salle avait été achevée en 1660. Elle a servi à des fêtes
pour le mariage de Louis XIV et pendant l’enfance de Louis XV. De 1683 à 1754 on
y présenta des pantomimes et des spectacles en machines d’où son nom « Salle des
machines ». Ensuite, elle fit l’objet d’une reconstruction. Ainsi la salle des
machines devint le magasin de décors et la scène, le théâtre. Les
représentations suivirent du 24 janvier 1764 au 23 janvier 1770. Les directeurs
furent Rebelet et Francoeur jusqu’en 1767, Berton et Trial jusqu’en 1770 puis
Dauvergne et Joliveau. Occupé après par les Comédiens français (1770 – 1782)
puis par les Bouffons Italiens (1790 – 1791), la salle subît plusieurs
transformations pour devenir successivement la salle des séances de la
Convention, une salle de spectacles (1804), la salle d’Assemblée pour le Conseil
d’Etat et une chapelle.
L’ouverture de la salle se fit le 26 janvier 1770 par Moreau au Palais-Royal.
Elle se trouvait au même endroit que l’ancien mais s’était vu ajouté l’aile
droite du Palais-Royal. Malheureusement, 11 ans plus tard, le 8 juin 1781, un
nouvel incendie détruisit la salle.
Les directeurs de cette salle étaient : Berton, Dauvergne et Joliveau (1771) ;
les mêmes, associés à Rebel (1773), puis sans lui (1775), Berton seul (1776)
Buffalt et Berton et Dauvergne (1780), Dauvergne, Gossec et le Comité (1781).
Ainsi la décision de la construction d’une nouvelle salle provisoire fut prise.
Pendant ce temps, l’Opéra donne des représentations, à partir du 14 juillet
1781, des ouvrages qui représentent le moins de mise en scène, au Théâtre des
Menus-Plaisirs (actuellement Salle des concerts du Conservatoire).
L’Opéra passe ensuite dans une salle construite sur l’emplacement du magasin de
l’Opéra. Elle fut construite en 65 jours, du 2 août 1781 au 27 octobre, et fut
inaugurée ce jour-ci par une représentation gratuite. On y donna des spectacles
jusqu’au mois d’août 1794.
Pendant cette période, plusieurs directeurs se suivirent : Dauvergne (1782),
Jansen et le Comité (1784), Dauvergne, Francoeur neveu et le Comité (1785),
Francoeur, sous l’autorité de la municipalité (1791), Francoeur et Cellerier
(1792), le Comité des artistes (1793).
L’Académie de Musique devenue l’Académie Royale avec Lully n’avait pas changé de
titre jusqu’en 1791. Le 24 juin 1791, elle prit le titre d’Opéra. Elle prit
plusieurs noms : Académie de Musique, le 29 juin ; Académie Royale de Musique,
le 27 septembre ; Académie de Musique, le 15 août 1792 ; Opéra, le 12 août 1793
; et Opéra National, le 18 octobre 1794 (27 Vendémiaire an II). Les dates
indiquent suffisamment les évènements politiques qui amenèrent ces fréquents
changements de titre.
Louis, architecte, avait construit en 1793, un vaste théâtre qu occupait, rue de
la Loi, toute la surface actuelle du square Louvois (2ème arr.). L’Opéra s’en
empara en vertu d’un décret du 27 Germinal an II (le 16 avril 1795). La
disposition de la salle sera gardée pour la salle de la rue Lepeletier et sera
adoptée aussi pour le nouvel Opéra Garnier. Cette disposition vit pour la
première fois la mise en place de sièges au parterre. Les restaurations, par
Debret, prirent fin en 1820 mais le duc de Berry fut mortellement frappé à la
porte du théâtre. La salle ne servît donc plus qu’à des représentations
théâtrales et fut démolie.
Les directeurs furent: an IV (1795-1796), la Chabaussière, Parny, Mazade et
Caillot ; an V (1796-1797), le Comité des artistes ; an VI (1797-1798),
Francoeur, de Nesle, Baco ; an VIII (1799-1800), Devismes, Bonet, de Treiches ;
an X (1801-1802), Cellerier ; 1802, Morel, Lemoyne ; 1803, Bonet ; 1807, Picard
; 1815, Choron, Persuis ; 1817, Courtin, Persuis ; 1819, Viotti.
L’opéra durant cette période changea aussi de noms : 20 Thermidor an II (7 août
1794), Théâtre des Arts, 10 Vendôse an V (28 février 1797), Théâtre de la
République des Arts ; 24 août 1802, Théâtre de l’Opéra ; 29 juin 1804, Académie
Impériale de Musique ; 3 avril 1814, Académie de Musique ; 5avril 1814, Académie
Royale de Musique ; 21 mars 1815, Académie Impériale de Musique ; 8 juillet
1815, Académie Royale de Musique.
L’Opéra s’installa de nouveau dans une nouvelle salle provisoire, la salle
Favart, construite en 1782 par Heuter. L’Académie Royale de Musique y donna des
représentations du 19 avril 1820 au 11 mai 1821. Bien plus tard, en 1840, la
salle fut incendiée puis reconstruite.
En 1820, un hôtel, rue Lepeletier, est passé aux mains de l’Opéra. Mais un
incendie, dans la nuit du 27 au 28 octobre 1873, détruisit le nouveau théâtre.
La direction de la salle rue Lepeletier fut assurée par Habeneck (1821), du
Plantys (1824), Lubbert (1828), Véron (1831), Duponchel (1835), Duponchel et
Monnais (1840), Léon Pillet (1841), Duponchel et Roqueplan (1847), Roqueplan
(1849), Alphonse Royer (1856), Emile Perrin (1862), M. Halanzier (1871).
Les noms de l’Opéra quant à eux se succédèrent : 1821, Académie Royale de
Musique ; 1830 (4 août), Théâtre de l’Opéra ; 1830 (10 août), Académie Royale de
Musique ; 1848 (26 février), Théâtre de la Nation ; 1850 (2 septembre), Académie
Nationale de Musique ;1851 (2 décembre), Académie Impériale de Musique ; 1854
(1er juillet), Théâtre Impérial de l’Opéra ; 1870 (4 septembre), Théâtre
National de l’Opéra.
L’Opéra s’installa provisoirement, à partir du 19 janvier 1874, dans la salle
Ventadour jusqu’à l’ouverture du nouvel Opéra Garnier.
Un concours fut organisé, arrêté du 29 décembre 1860, pour la construction de ce
nouvel Opéra. Un délai d’un mois a été accordé aux concurrents. Le jury était
composé de M. le comte Walemski, ministre d’Etat, président ; MM. Lebas,
Gilbert, Caristie, Duban, de Gisors, Hittorff, Lesueur et Lefuel, membres de l’Académie
des beaux-arts, section architecture ; et MM. De Cardaillac, Questel, Lenormand
et Constant Dufeux, membres du Conseil Général des bâtiments civils. Soixante et
onze projets furent présentés. Aucun d’eux n’eurent de grands prix mais 5 furent
retenus : MM. Ginain, Grepinet et Botrel, Garnaud, Duc et Garnier. Un nouveau
concours fut donc organisé et ce fut le projet de Garnier qui fut retenu.
Les travaux ont été commencés en août 1861 mais, interrompus pendant les
évènements de 1870-1871, ils étaient loin d’être achevés quand l’incendie de la
salle Lepeletier les firent précipiter.
L’inauguration eut lieu le 5 janvier 1875 par les 1er et 2ème actes de « La
Juive », la scène de la bénédiction des poignards des « Huguenots », le 1er
tableau du 2ème acte de « La Source » (Ballet) et l’ouverture de « La Muette de
Portici » et de « Guillaume Tell ». A la sortie, l’architecte, reconnu, fut
acclamé par la foule de spectateurs. Le début des représentations en public
commença le vendredi 8 janvier 1875.
Dénominations officielles de l’Opéra
28 juin 1669. – Académie d’opéra.
13 mars 1672. – Académie royale de musique.
24 juin 1791. – Opéra.
29 juin 1791. – Académie de musique.
17 septembre 1791. – Académie royale de musique.
15 août 1792. – Académie de musique.
12 août 1793. – Opéra.
27 vendémiaire an II (18 octobre 1793). – Opéra national.
20 thermidor an II (7 août 1794). – Théâtre des Arts.
14 pluviôse an V (2 février 1797). – Théâtre de la République et des Arts.
6 fructidor an X (24 août 1802). – Théâtre de l’Opéra.
29 juin 1804. – Académie impériale de musique.
3 avril 1814. – Académie de musique.
5 avril 1814. – Académie royale de musique.
21 mars 1815. – Académie impériale de musique.
9 juillet 1815. – Académie royale de musique.
4 août 1830. – Théâtre de l’Opéra.
10 août 1830. – Académie royale de musique.
26 février 1848. – Théâtre de la Nation.
29 mars 1848. – Opéra, Théâtre de la Nation.
2 septembre 1850. – Académie nationale de musique.
2 décembre 1852. – Académie impériale de musique.
1er juillet 1854. – Théâtre impérial de l’Opéra. – Fermé le 2 septembre 1870.
12 juillet 1871. – Théâtre national de l’Opéra.
Divers lieux où a été implanté l’Opéra de Paris
19 mars 1671. - Le jeu de paume de la Bouteille, rue des Fossées-de-Nesles, à
l'emplacement de la rue Jacques-Callot (6ème arrondissement), jusqu’au 30 mars
1672.
15 novembre 1672 – Le jeu de paume du Bel-Air, rue de Vaugirard, du côté du
palais du Luxembourg entre ce palais et le boulevard Saint-Michel, à
l’emplacement de la rue de Médicis (6ème arrondissement).
16 juin 1673 – La salle du Palais-Royal, rue Saint-Honoré, entre la rue de
Valois et la rue des Bons-Enfants (1er arrondissement), jusqu’au 6 avril 1763 à
cause d’un incendie.
24 janvier 1764. – Salle des Tuileries, entre les pavillons de l’Horloge et de
Marsan, jusqu’au 23 janvier 1770. Elle fut incendiée par la suite en mai 1871.
26 janvier 1770. – La salle du Palais-Royal, reconstruite sur l’emplacement de
la première jusqu’à la rue des Bons-Enfants, jusqu’en juin 1781 (incendiée).
14 août 1781. – La salle des Menus-Plaisirs, rue Bergère (9ème arrondissement),
anciennement salle de la Foire Saint-Laurent, démolie en 1910.
27 octobre 1781. – La salle de la Porte Saint-Martin, construite en 65 jours, du
2 août 1781 au 27 octobre, on y donna des spectacles jusqu’au mois d’août 1794.
Elle fût incendiée pendant la Commune, en mai 1871.
20 thermidor an II (7 août 1794). – La salle Montansier, rue de la Loi, toute la
surface actuelle du square Louvois (2ème arrondissement). C’est dans cette salle
que les spectateurs du parterre furent pour la première fois assis. Démolie en
1820-1821, à la suite de l’assassinat du duc de Berry par Louvel (13 février
1820).
19 avril 1820. – La salle Favart (Théâtre italien), jusqu’au 11 mai 1821. Elle
fût incendiée le 13-14 janvier 1838.
15 mai-15 juin 1821. – La salle Louvois, actuellement au n° 8 de la rue de
Louvois.
16 août 1821. – La salle de la rue Lepeletier, construite en grande partie avec
les matériaux de la salle Montansier. Mais un incendie, dans la nuit du 27 au 28
octobre 1873, détruisit le nouveau théâtre.
19 janvier 1874. – La salle Ventadour (Opéra italien), jusqu’au 30 décembre
1874. La salle Ventadour a été transformée en succursale de la Banque de France.
5 janvier 1875. – L’Opéra Garnier.
PALAIS GARNIER A juste titre,
on se reportera au documentaire réalisé par Stan Neumann et diffusé par ARTE le
23 avril dernier et intitulé "ARCHITECTURE - L'OPERA GARNIER"
Charles Garnier est quasiment inconnu du grand public quand il remporte le
concours ouvert par Napoléon III pour l'édification d'un nouvel opéra. Les
travaux durent de 1862 à 1875. Dans cette oeuvre, devenue le symbole du style
Second Empire, Garnier révèle un tempérament de tendance baroque. Il use d'une
décoration éclectique, surchargée et fastueuse, qui masque la structure interne
en fer. S'y mêlent les arts décoratifs et les disciplines qui constituent les
beaux-arts, peinture, sculpture, gravure, tous au service de l'architecture...
Biographie de Charles Garnier
Charles Jean Louis Garnier est né le 6 novembre 1825 et est décédé le 3 août
1898.
Charles Garnier naquit à Paris où il fit des études d'architecture. En 1848, il
remporta le grand prix de Rome et entama une série de voyages en Italie, en
Grèce et en Turquie, au cours desquels il put perfectionner ses connaissances de
l'architecture antique, classique et baroque.
De retour à Paris en 1854, il travailla un temps auprès de Viollet-le-Duc, avant
de remporter, en 1860, le concours organisé par Napoléon III pour la
construction d'un opéra à Paris.
©Encyclopédie Microsoft(R) Encarta(R) 99.
Les projets de Charles Garnier
1848 Prix de Rome
1849 - 1854 Séjour en Italie et en Turquie
1858 Il épouse Louise Bary
1861 Architecte inconnu, il remporte le concours du nouvel Opéra de Paris. Il en
sera l’architecte jusqu’à sa mort.
1861 - 1862 Décoration du Café de la Paix, place de l’Opéra
1874 Membre de l’Académie des beaux-arts
1874 Membre du jury du concours pour la construction du Sacré-Cœur
1875 Fin de la construction de l’Opéra de Paris
1877 - 1879 Construction de l’immeuble du Cercle de la Librairie sur le
boulevard Saint-Germain
1878 - 1879 Salle de concert du casino de Monte-Carlo
1880 - 1892 Observatoire du Mont-Gros à Nice avec Gustave Eiffel
1883 - 1884 Eglise de La Capelle (Aisne)
1884 - 1884 Panorama transformé en théâtre Marigny en 1925
1890 Salle de musique du Renelagh, rue des Vignes
1894 - 1895 Ateliers et magasins de l’Opéra de Paris avec Gustave Eiffel
L’édifice conçu par Garnier est considéré comme l’un des joyaux de
l’architecture du XIXème siècle.
Il étonne par la variété et la richesse des matériaux utilisés, tant à
l’intérieur qu’à l’extérieur, et par la profusion de ses ornements. Dès son
inauguration, l’Opéra a connu un engouement sans précédent. Au moment où Charles
Garnier se présente au concours, il est un jeune architecte quasiment inconnu du
public. Issu d’un milieu modeste, il a fait ses classes à l’Ecole des Beaux-Arts
puis il devient lauréat du prestigieux Prix de Rome. Charles Garnier remporte le
concours de l’opéra en 1860, parmi les quelques 171 projets présentés dans
l’anonymat. Les travaux, soumis aux vicissitudes de la vie politique française
vont durer trente ans. L’opéra de Garnier est l’œuvre de toute une vie. Il est
l’occasion pour l’architecte d’affirmer que l’édifice doit être une œuvre
commune qui associe tous les arts. Pour édifier le temple de l’Art lyrique,
Garnier veut y conjuguer les disciplines qui entrent dans la désignation
générique de ”Beaux Arts” (l’architecture, la peinture et la sculpture)
auxquelles il adjoint les arts décoratifs. A la condition cependant que tous ces
arts plastiques frères de l’architecture acceptent d’être entièrement
subordonnés à cette dernière. Ainsi Garnier dessine tout, esquisse les moindres
détails, supervise le travail des artistes, peintres et sculpteurs, qui oeuvrent
au décor.
Le Palais Garnier est conçu comme une bulle qui isole les spectateurs du monde
extérieur pour les préparer à rentrer dans l’univers rêvé du spectacle d’opéra.
Tout est conçu pour un confort qui doit couper du monde réel. La volonté de
préparation, de conditionnement du spectateur explique aussi sans doute le
développement du parcours prévu depuis son arrivée jusqu’à la salle. On peut y
voir l’analogue architectural de l’ouverture musicale : servir de passage d’un
monde à l’autre. Au contraire, la salle de spectacle elle-même est relativement
peu décorée pour ne pas interférer avec ce qui se passe sur la scène. Mais c’est
le seul moment où le bâtiment cède au profit du théâtre.
Les spectateurs deviennent eux mêmes les acteurs de la pièce préparée par
l’architecte. C’est d’ailleurs avec le Palais Garnier que se produit une petite
révolution des mœurs. Au lieu de rester dans leurs loges, pour y recevoir des
visites, pendant l’entracte, les spectateurs arpentent les couloirs et les
foyers sous le prétexte d’admirer les peintures.
Classicisme et rationalisme se conjuguent dans un même bâtiment. Le classicisme
placé sous le signe de la raison et de l’ordre pouvait assez facilement admettre
une architecture régie par la fonction. Même si l’on oublie souvent de créditer
Garnier de cette proclamation, en accordant beaucoup plus d’importance à
l’aspect décoratif du bâtiment, il n’en demeure pas moins que l’Opéra juxtapose
des volumes hétérogènes, chacun reflétant exactement l’intérieur, c’est à dire
la fonction. Cette rencontre entre tradition et modernité s’illustre également
dans le choix des matériaux que fait Garnier pour construire le nouvel opéra. La
salle du Palais Garnier est une immense construction de fer déguisé, habillé,
mais c’est bel et bien le premier opéra reposant sur une structure métallique.
source:
www.arte-tv.com
BASTILLE
Architecture
C'est le projet du canadien Carlos Ott, qui a été choisi parmi 757 autres, le 10
novembre 1984. En effet, il répondait au besoin de fonctionnalité exigé: l'Opéra
Bastille, pour être rentable, devait pouvoir donner 260 spectacles et recevoir
entre 700 et 800 000 spectateurs chaque année. Comme nous l’avons montré
auparavant, la construction de l’édifice va en fait durer cinq ans (1985-1989)
et va être totalement épique. Il a ainsi fallu déplacer la brasserie la Tour
d’Argent pour un coût de 90 millions de francs, un cinéma et détruire un pâté de
maison datant du XVIème siècle.
Mais, les critiques vont en fait essentiellement porter sur le bâtiment et
l’architecte lui-même. En effet, cet uruguayo-canadien, inconnu à l’époque du
concours, va très vite refuser de se faire encadrer par un grand nom de
l’architecture et interdira que l’on revienne sur ses choix de couleurs et de
matériaux. Aujourd’hui, l’oeuvre de Ott est décriée et on compare souvent
l’intérieur de Bastille à une clinique ou un paquebot. De fait, la moindre
modification devenait épique et c’est ainsi François Mitterrand qui a du
arbitrer pour le choix de la couleur des fauteuils: plutôt noire que rouge sang.
Enfin, outre l'architecture du bâtiment, l'autre élément important est ce qu'on
appelle le "son Bastille" : les 2700 places.
Histoire
L’idée remonte à 1977, date à laquelle François Bloch-Lainé, haut fonctionnaire
alors sans affectation et ancien président du Crédit Lyonnais, commet un rapport
sur la construction d’un nouvel Opéra dans la capitale. A l’époque, il chiffrait
le prix de l’ouvrage à 300 millions de francs (il en coûtera finalement près de
2,8 milliards et près de 580 millions de francs de budget annuel de
fonctionnement), sans que cela coûte un centime au contribuable français.
En 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, la culture commence à se
démocratiser et l’écrivain Pierre-Jean Rémy, à la ville Jean-Pierre Angrémy, en
profite pour susurrer l’idée à Jack Lang, nouveau et très médiatique Ministre de
la Culture, de faire de l’art lyrique, le divertissement des élites par
excellence, une discipline accessible à tous. Ce dernier, apparemment séduit par
l’offre, confie tout naturellement le projet à François Bloch-Lainé. Le
président Mitterrand est également séduit mais veut avant tout "un opéra moderne
et populaire" destiné à remplacer un opéra Garnier victime d'un âge avancé et
d'un certain élitisme. L’Epob, l’Etablissement Public Opéra-Bastille, est créé
un an plus tard et se voit attribuer comme mission de fixer l’épure d’un nouvel
opéra. Celui-ci devait en outre être censé tripler l’offre lyrique de la
capitale et diminuer d’un tiers la subvention de l’Etat.
La phase de travaux ne commence réellement qu’au début de 1985 et se poursuivra
pendant quatre ans, jusqu’en juillet 1989. Cependant, il est maintenant
clairement établi que face aux échéances électorales de 1986, les responsables
du chantier ont tout fait pour accélérer les travaux de construction jusqu'au
deuxième tour des Législatives, afin que la droite ne mène à bien son projet
d'annuler la mise en oeuvre du projet pour en faire un immeuble de bureaux.
Ainsi, en 1986, malgré l'arrêt des travaux pendant un mois, seules les projets
de salle modulable et d'ateliers ont été supprimés, étant donné l'avancement
pris dans les travaux.
Après la période de cohabitation, la gauche revient au pouvoir et Jack Lang
nomme Pierre Bergé, le patron d’Yves Saint Laurent, à la tête des Opéras de
Paris (Opéra Garnier + Opéra-Bastille), qui n’a accepté le poste que pour faire
plaisir à son ami François Mitterrand. En fait, il ne savait pas trop où il
mettait les pieds et il le dira d’ailleurs lui-même : « Le bâtiment avait été
réalisé en dépit du bon sens. Les défauts techniques abondaient (...). Mais il
fallait que j’ouvre ».
C’est chose faite avec l’inauguration du bâtiment, le 13 juillet 1989. Pourtant,
ce n’est que le 17 mars 1990 que se tiendra la première représentation, « Les
Troyens », d’Hector Berlioz. Quatorze jours plus tard, la première grève éclate.
Ce sera là l’un des premiers signes visibles des lourdes erreurs qui avaient
déjà été commises et le seront encore par la suite : l’affaire Barenboïm,
l’affaire Myung-Whun Chung, les grèves à répétition, les frais d’heures
supplémentaires et de personnels faramineux, les problèmes de cahier des
charges, les errements budgétaires et artistiques, la critique de l’architecture
du bâtiment, etc. Toutefois, on peut au moins mettre à l’actif de
l’Opéra-Bastille le fait qu’en 1992-93, il a accueilli 326.000 spectateurs pour
le lyrique alors que Garnier n’a jamais été au-delà des 220.000.
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